Artisans et artistes 

Des pierres aux vitraux et plus encore : les métiers (presque) oubliés de la basilique Notre-Dame 

Sous les voûtes bleu nuit de la basilique Notre-Dame de Montréal, les gens peuvent apprécier les sculptures et les vitraux, et certains ont une pensée pour les mains qui les ont façonnés. Tailleurs de pierre, maîtres verriers, sculpteurs sur bois, doreurs, peintres décorateurs, facteurs d’orgue… Ces métiers, parfois menacés d’extinction aujourd’hui, ont construit l’âme de la basilique et nourrissent encore son vaste chantier de restauration. 

Publié le 18 oct. 2025 | Mis à jour le 22 oct. 2025

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La pierre 
Lorsque l’architecte James O’Donnell lance le chantier en 1824, le calcaire gris de Montréal résonne sous les coups rythmés des maillets. Quatre maîtres tailleurs de pierre dirigent des équipes entières, taillant à la main les blocs qui composeront les murs de près de 60 mètres de haut. Deux siècles plus tard, les restaurateurs utilisent le même type de pierre, s’efforçant d’en assortir parfaitement les teintes à celles d’origine, perpétuant ainsi le savoir-faire artisanal qui a donné naissance à la basilique. 

Le bois 
À l’intérieur, la main passe du ciseau à la gouge. Entre 1870 et 1885, l’architecte Victor Bourgeau orchestre une déferlante de bois sculpté : colonnettes, dais, retable monumental et davantage. Le sculpteur Louis-Philippe Hébert cisèle prophètes et apôtres dans le tilleul local, puis les peintres décorateurs appliquent la polychromie inspirée de la Sainte-Chapelle : bleus profonds, rouges de garance, feuillages d’or.  

Le verre 
Quand sonne 1929 et le centenaire de la basilique, le verre remplace la pierre afin de raconter l’histoire de Ville-Marie. Le curé Olivier Maurault commande 22 vitraux aux ateliers de Francis Chigot, basés à Limoges en France. Les maîtres verriers soufflent les cylindres de verre, les découpent au fer chaud, puis peignent les rehauts de grisaille avant une dernière cuisson. Transportés par bateau et train, les panneaux arrivent numérotés. Les sertisseurs les emboîtent dans le plomb, sous la lumière du chœur.  

La couleur 
Plus haut, le ciel étoilé de la nef ne doit pas sa brillance aux DEL ni aux pigments modernes, mais à une recette synthétique de bleu outremer lancée en 1859. Les doreurs appliquent 24 000 feuilles d’or sur les motifs floraux et les nervures, tandis que les peintres pointillent la voûte pour créer l’illusion d’un firmament infini. Chaque opération de retouche, comme celles complétées en 1929 et 1991, exige le même pinceau pointu et la même patience qu’au 19ᵉ siècle.  

L’orgue 
Tout en haut de la tribune, un autre colosse apparaît : l’orgue Casavant, livré en 1891, fort de ses 7 000 tuyaux, 92 jeux et quatre claviers. L’instrument, assemblé sur place par une quinzaine d’ouvriers de Saint-Hyacinthe, offre encore aujourd’hui des concerts grâce aux facteurs d’orgue qui, chaque année, réaccordent anches, bourdons et harmoniques.  

Métiers d’antan toujours présents 
Ces métiers, même s’ils sont anciens, ne relèvent pas du folklore : ils alimentent toujours le programme de restauration 2020-2040 de la basilique, dont le budget est estimé à 50 M $. La Fondation de la basilique Notre-Dame de Montréal finance des stages pour jeunes tailleurs, commande des analyses pigmentaires à l’Université de Montréal et confie la réfection des plombs de vitrail à une entreprise familiale de quatrième génération. Le chantier devient ainsi une école : pendant que les visiteurs déambulent, les artisans enseignent savoir-faire, gestes et secrets du métier, assurant ainsi la relève.  

Préserver la basilique Notre-Dame de Montréal, c’est aussi préserver un archipel de compétences rares. Dans le silence de l’édifice, on croit entendre le ciseau sur la pierre, le racloir sur le bois, la flamme qui réchauffe le verre ; une symphonie discrète où chaque note rappelle le battement d’un marteau d’antan. Ces échos d’atelier forment le véritable trésor du monument : un héritage de talent humain aussi précieux que ses tours ou ses vitraux. Tant que ces mains pourront s’exprimer à travers leur métier et leur art, la basilique restera un pont vivant entre le passé et l’avenir.